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Charlie Dalin et Yann Elies (Apivia), vainqueurs de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre en IMOCA

[Habitable]  - le 12/11/2019

[Habitable]

Ce dimanche 10 novembre, à 01h 23mn 00s (heure française), Charlie Dalin et Yann Eliès ont franchi la ligne d'arrivée de la 14e édition de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre en première position de la catégorie IMOCA. Le duo aura mis 13 jours 12h 08mn et 00s pour parcourir les 4 350 milles théoriques depuis Le Havre. Apivia devance à l'arrivée à Salvador de Bahia PRB de Kevin Escoffier et Nicolas Lunven et Charal de Jérémie Beyou et Christopher Pratt, qui se sont livrés un superbe duel pour la 2e place (6 minutes d'écarts seulement à l'arrivée !)

 
Le podium IMOCA

Souvent cités parmi les favoris, Charlie Dalin et Yann Eliès semblaient cocher toutes les cases au départ du Havre. Duo complémentaire, complice et éprouvé (Charlie et Yann ont déjà participé ensemble à la Route du café en 2015), ils embarquent sur un foiler de dernière génération qui a impressionné aux entraînements en septembre. Charlie est talentueux, Yann tenant du titre… Mais Apivia qui a été mis à l'eau au mois d'août n'a que 3000 milles dans ses foils. Le plan Verdier semble bien né mais tiendra-t-il la cadence face au référent Charal et au milieu d'une meute de nouveaux foilers et d'anciens très bons IMOCA ?

 

La réponse tombe assez vite. Après un départ prudent, Apivia sort dans le bon paquet de la Manche à 100% de ses capacités. Au passage du front de la dépression Pedro, il vire de bord avec un groupe emmené par Initiatives-Cœur, cap au Sud. Le leader Charal hésite et se recale au cap Finisterre alors qu'un groupe de cinq IMOCA s'entêtent dans l'ouest. La bascule qu'ils vont chercher se révèlera quatre jours plus tard une chimère.

 

Le 30 octobre à 20 h 00, Apivia prend les rênes de la course au sein du groupe majoritaire de l'option Sud. Au près, le plan Verdier semble très véloce et creuse une petite avance à l'approche des hautes pressions de Gibraltar. Le premier novembre en fin de matinée, une incroyable vidéo tombe sur le serveur de la course. Charlie et Yann filment Charal voletant à leur vent, 2 à 3 nœuds plus rapide dans les conditions légères que le foiler noir affectionne particulièrement. Aveu de faiblesse d'Apivia peut-être, mais beau moment de vérité à l'entrée dans l'alizé. Charal reprend la tête et ne va pas la lâcher jusqu'au Pot-au-noir, creusant mille après mille son avance. Elle culmine à 120 milles le 5 novembre à midi. Personne ne peut imaginer à ce moment le scénario catastrophe qui attend le foiler noir. Charlie Dalin et Yann Eliès ont l'intuition de se décaler dans l'est. Nettement moins ralentis même si le Pot-au-noir est copieux pour tous cette année, ils ressortent le 7 novembre du tunnel et cavalent déjà à 15 nœuds. Le deuxième n'est plus Charal mais Banque Populaire à 225 milles derrière… Le grand bord de 1000 milles dans l'alizé de sud-est n'est plus qu'une formalité et Apivia réalise un coup de maître en entrant en vainqueur dans la Baie de Tous les Saints.

 

Cette 14ème Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre était la première grande épreuve à mêler autant de générations de 60 pieds, à un carrefour de l'histoire de l'IMOCA. De plus en plus complexes, les foilers réclament culture technique et feeling. L'alliance générationnelle de Charlie Dalin et Yann Eliès a fait merveille, avec le brin de réussite qui sied aux vainqueurs. Des vainqueurs qui se sont visiblement bien amusé ce qui ne gâche rien.

 

C'est le troisième succès dans la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre pour Yann Eliès (2013 en Multi50, 2017 en IMOCA), la première victoire pour le Havrais Charlie Dalin.

 

La réaction des vainqueurs :


Le sens de la cette victoire …

Charlie : La première navigation d'Apivia, c'était le 11 août. On a réussi à traverser l'Atlantique trois mois plus tard, on arrive  à Salvador avec le bateau à 100 %, c'est une performance technique remarquable, il faut vraiment le souligner. Tout le team autour d'Antoine Carraz avec Mer Concept a fait un boulot exceptionnel. Leur engagement et leur implication sont indissociables de la victoire. Je leur dit bravo !

Yann : C'est un grand plaisir de  gagner ici avec Charlie parce que la dernière fois on avait fait troisième à l'issue d'une belle course. C'est un juste retour des choses vis à vis de Charlie. Je suis vraiment content qu'il m'ait donné cette opportunité. Ensuite, pour moi c'est le chiffre 3*, j'ai gagné trois Solitaires du Figaro, c'est un chiffre que j'aime bien.

* victoires de Yann Eliès en 2013, 2017, 2019

 

Le rythme :

Yann : C'était dur, il ne faut pas croire. J'ai trouvé que l'enchaînement après l'anticyclone jusqu'au Pot-au-noir était dur.  On est parti à fond de balle dans l'alizé. On s'est fait taper dessus direct avec du 35-40 nœuds à ne pas savoir comment faire avancer le bateau parce que la mer était dure. On a déchiré la grand-voile. 48 heures ont été cramées parce que c'est 24 heures pour réparer et 24 heures pour récupérer et ensuite, on a enchaîné sur le Pot-au-noir. On s'est arraché ! C'est grisant de naviguer sur un bateau neuf parce que ça va vite mais c'est pas simple parce qu'il y a de la casse, qu'il faut réparer, il n'y a aucun répit. 

Charlie : La seule pause finalement, ca été le Pot-au-noir où on a pu sortir la tête du bateau, regarder la mer, les nuages. La dernière journée aussi a été magique, sur mer plate sous code zéro, le bateau glissait tout seul avec des pointes à 23-24 noeuds. Peut-être qu'aussi l'approche de l'arrivée la rendait belle.

 

L'option ouest :

Yann : C'est une transat qui a démarré par un coup de poker. Plein Est ou plein Ouest. ? On en a beaucoup discuté avant le départ, on s'est bien pris le chou. Et qund tu commences à prendre des décisions à l'encontre du routage et de l'ordinateur, c'est qu'il fait avoir de sacrés arguments à  faire valoir. La route Ouest était aguicheuse, elle brillait, elle permettait de faire un gros décalage. Par contre, il y avait un gros risque que le vent ne tourne jamais au Nord Ouest. On en avait parlé avec les routeurs et Pascal Bidegorry. Le deuxième élément, c'est le sponsor qui nous a encouragé à ne pas prendre trop de risque pour ne pas casser le bateau. On a donc essayé d'être intelligents…J'ai beaucoup regardé ce que faisait Pascal Bidégorry car pour moi c'est quand même la référence en matière de stratégie avec ce qu'il est parvenu à faire sur les dernières Volvo Ocean Race. Quand j'ai vu que ça partait au Sud, on a voulu rester dans le paquet et lorsque Charal nous a rejoint, on s'est dit que ça allait performer. Finalement, lorsqu'on a vu que la dorsale passait comme une fleur, on savait que c'était terminé pour l'option ouest.

 

Le Pot-au-noir :

Charlie : On a eu un sacré Pot-au-noir. Je m'en souviendrai longtemps. Il se reconstruisait tout le temps derrière nous et chaque grain s'approchait et passait toujours à 1 ou 2 km dans le tableau arrière et on voyait que la porte se refermait derrière. A chaque fois le Pot se reconstruisait derrière nous et il fallait faire la course devant les nuages…

Yann : On a pensé à Jérémie et Christopher, ils avaient fait une super course jusque-là. C'étaient eux les maîtres il n'y a pas photo. On pensait qu'ils nous accueilleraient au ponton avec une caipirinha et finalement, c'est l'inverse. Peut-être qu'ils auront une analyse autre que la-nôtre. Il y a un peu de chance de notre côté mais sans doute un positionnement qui n'était peut-être pas très bon chez eux…

Charlie : En fait, une onde d'Est s'est greffée sur le Pot. Il y a beaucoup de vent d'est au nord et rien dans le sud. Et à la fin, le vent revient par l'est et c'est ce qui s'est passé. Tout le monde avait la tête dans le guidon depuis le début de l'alizé et ce n'était pas facile de se pencher  profondément dans la météo. On ne pensait pas que Charal resterait bloqué aussi longtemps. Au début, on s'est dit peut-être qu'on va réduire le retard, ensuite qu'on allait repartir ensemble, puis on a compris qu'on repartait devant. Et finalement, la question finale, c'était de combien…

Yann : 50, 100, 150, 200, 250…on ne savait plus à la fin. C'est sûr qu'on a du mal à se réjouir mais c'est quand même super bon rires). Ce Pot-au-noir leur a coûté 350 milles…

 

Le binôme :

Charlie : Il y a une vraie complicité entre nous. On se connait bien, on a déjà traversé l'Atlantique, on travaille tous les ans ensemble depuis 2014. On sait se décrypter, lorsque l'un va moins bien et inversement.

Yann : On est hyper complémentaires. Dans le Pot-au-noir je sortais la tête du cockpit pour voir les nuages et Charlie regardait sur l'ordinateur où il fallait placer le bateau. J'ai beaucoup appris de la façon de faire de Charlie. 

 

Apivia...

Charlie : Les conditions n'ont pas été idéales pour les foilers. On a fait beaucoup de près au départ puis du portant complet. Le seul moment au vent de travers, c'est après le Pot-au-noir. Mais je crois que pour gagner ces courses, il faut un bateau polyvalent et Apivia a cette qualité. Les vitesses sont élevées mais les décélérations aussi ! Un jour, j'étais en vacation avec le téléphone à la main. Le bateau a planté et j'ai fait un vol plané de 4 mètres, le combiné en main et j'ai atterri sur le vérin de quille pendulaire. J'en suis revenu avec un gros bleu c'est tout heureusement. Ces foilers sont de super machines. Elles sont très sollicitantes et je n'en attendais pas moins. Maintenant, il faut que je me prépare au retour en solitaire vers la France.

Yann : Il y a aussi des moments difficiles parce qu'on arrive pas à le faire avancer. Apivia a de super qualités mais il ne faut pas le nier, il a aussi des défauts. On a eu des moments de difficulté, des doutes, on s'est creusé les méninges et on n'a pas toutes les réponses.

 

 

Toutes les infos : https://www.transatjacquesvabre.org

 

Par : Mille & Une Vague


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